>
Sarah DELALE, Diamant obscur: interpréter les manuscrits de Christine de Pizan, Publications romanes et françaises, 271, Genève, Droz, 2020
Résumé : "Les manuscrits des œuvres de Christine de Pizan (1365 ?-1430 ?) produits sous le contrôle de l'auteur prouvent que, dès le Moyen Âge, la présentation des copies est fondamentale pour interpréter et classer les textes littéraires. Quelle pensée et quelles pratiques de la création ces copies révèlent-elles ? Quelle relation la mise en livre des manuscrits entretient-elle avec les genres littéraires ? Cette relation change-t-elle d'un ouvrage, d'un sujet, d'une campagne de diffusion l'autre ? Que reste-t-il de cette esthétique dans les copies réalisées après la mort de l'auteur ou hors de son contrôle ? En réponse à ces questions importantes et exigeantes, cette étude propose une synthèse à la fois codicologique et littéraire de l'œuvre de Christine de Pizan, et tout particulièrement de ses dits, ses livres en prose et sa Mutacion de fortune. Elle conjoint les outils de la codicologie, de la philologie, de l'histoire et de la théorie littéraires, de la narratologie, de la stylistique et de la philosophie. Y sont analysés les témoins médiévaux mais aussi diverses éditions, ouvrages d'éducation et créations littéraires qui ont revisité l'œuvre du XVIe au XXIe siècle. L'objectif est double : reconstruire les techniques créatives d'un écrivain-éditeur tout en retraçant leurs réceptions possibles et modéliser une théorie de la mise en livre applicable à d'autres corpus manuscrits."
>
Andrea VALENTINI, « La divergence entre texte et images dans la rédaction anonyme V1’ de la Cité des dames de Christine de Pizan : une histoire de peintres ? » in Le Moyen Age, Tome CXXIX (2023) : p. 793-820
Résumé : La présente contribution s’intéresse aux miniatures des trois témoins manuscrits d’une rédaction anonyme de la Cité des dames de Christine de Pizan connue sous le sigle V1’. Elle propose une localisation et une datation possibles pour le témoin le plus ancien : il pourrait avoir été produit par un suiveur du Maître de Talbot, en Normandie, dans les années 1440. Les deux autres manuscrits, aux illustrations similaires, ont sans doute été produits entre 1460 et 1480 par un artiste proche du Maître de l’Échevinage de Rouen. La contribution prouve que le texte et les images de cette rédaction ont suivi des voies divergentes : le texte se fonde sur la première version d’autrice de la Cité des dames (V1), non illustrée ; ses miniatures ont pour modèle celles qui illustrent les manuscrits originaux de la deuxième version d’autrice de la Cité (V2), réalisées par l’atelier du Maître de la Cité des dames. Elle propose enfin une hypothèse sur la diffusion de ce modèle iconographique : il aurait pu arriver dans l’entourage normand du Maître de Talbot par les liens que ce maître sans doute originaire de Paris avait entretenus avec les artistes parisiens de la génération précédente.